
Dans la plupart des collectivités, la connaissance de la fréquentation des gymnases repose sur des données déclaratives : feuilles d'émargement, remontées des agents, informations transmises par les associations sportives. Ces données permettent de structurer l'offre et d'attribuer les créneaux, mais elles restent par nature partielles.
Ces systèmes déclaratifs captent efficacement les réservations planifiées, les présences déclarées par les associations ou les agents d'accueil, et les créneaux théoriquement occupés. En revanche, ils ne documentent pas les écarts entre réservation et présence effective, les usages en accès libre ou sans encadrement, les périodes de sous-utilisation réelle malgré une réservation, ni les flux en dehors des horaires d'ouverture officiels.
Ce décalage entre planification et usage réel limite la capacité à piloter finement les équipements. Il devient difficile de savoir si les créneaux sont effectivement occupés, d'identifier les périodes de sous-utilisation, ou encore de détecter des usages non encadrés. Une partie de la fréquentation, notamment en accès libre ou en l'absence d'agent, échappe ainsi aux systèmes de suivi traditionnels. Les gestionnaires se retrouvent à piloter des équipements coûteux avec une visibilité partielle sur leur occupation réelle.
C'est dans ce contexte que Paris&Co, avec le soutien de ville de Paris dans le cadre du programme des Défis Parisiens, a conduit une expérimentation visant à objectiver la fréquentation de ses équipements sportifs.
L'expérimentation s'est déroulée du 14 novembre 2025 au 28 février 2026 sur dix gymnases municipaux parisiens. Des capteurs thermiques stéréoscopiques Kiomda ont été installés aux entrées de chaque site, permettant de collecter plus de 200 000 passages au total, soit une fréquentation moyenne d'environ 500 passages par jour et par site. Les données, anonymisées et consolidées par tranches de 15 minutes, offrent une lecture fine des dynamiques de fréquentation : répartition horaire, pics d'affluence, taux d'occupation réel des créneaux, écarts entre jours de semaine et week-end.

Au-delà du volume de données collecté, l'expérimentation visait à confronter deux sources d'information : d'un côté, les données issues du comptage automatique continu ; de l'autre, les données internes existantes, construites à partir des déclarations des agents et des plannings de réservation.
Cette mise en regard a permis d'apporter un éclairage nouveau sur les usages réels des équipements :
Créneaux réservés peu fréquentés. Certains créneaux théoriquement réservés par des associations ou des groupes apparaissent en pratique peu fréquentés, voire vides.
Usages en accès libre significatifs. D'autres créneaux, en accès libre ou en dehors des plages encadrées, révèlent une activité significative qui n'était pas documentée dans les systèmes de suivi classiques. Ces usages, bien que connus empiriquement par les agents, ne faisaient pas l'objet d'une mesure systématique.
Pics de fréquentation non anticipés. L'analyse des flux permet d'identifier des périodes de forte affluence en dehors des horaires traditionnellement considérés comme chargés — notamment en fin de journée ou le week-end sur certains sites.
Ces écarts posent des questions opérationnelles concrètes :
La donnée objective devient ainsi un outil d'aide à la décision pour ajuster l'offre au plus près des pratiques réelles.
L'un des apports majeurs de l'expérimentation réside dans la capacité à observer des situations jusqu'alors difficiles à objectiver. Les créneaux sans encadrement, en particulier, constituent un angle mort des dispositifs traditionnels de suivi.
Sur plusieurs sites, les capteurs ont révélé une fréquentation significative en dehors des créneaux réservés ou pendant les horaires libres. Ces usages, souvent tolérés ou encouragés dans une logique d'ouverture des équipements, n'étaient pas quantifiés de manière systématique.
Exemple concret : Un gymnase enregistre une fréquentation de 80 à 100 passages par jour en accès libre le week-end, alors que les données déclaratives ne captaient que les créneaux réservés. Cette information permet de mieux comprendre l'usage réel de l'équipement et d'adapter les services en conséquence (sécurisation, maintenance, horaires d'ouverture).
Dans un cas particulier, la détection de passages nocturnes a soulevé des interrogations. Après analyse, il s'agissait soit d'un usage réel non documenté (intervention de maintenance, agent de sécurité), soit d'un cas spécifique nécessitant une vérification terrain.
Cette capacité à révéler des situations inattendues illustre l'intérêt d'une mesure continue et objective : elle permet de poser des questions que les systèmes déclaratifs ne permettent pas de formuler.
L'exploitation des données a également mis en évidence la difficulté à consolider des sources hétérogènes. Le croisement entre données capteurs et données déclaratives nécessite un travail d'alignement et d'interprétation.
Formats de données différents. Les plannings de réservation, les remontées agents et les flux capteurs n'utilisent pas les mêmes unités de mesure ni les mêmes granularités temporelles. Harmoniser ces sources demande un effort de structuration.
Interprétation contextuelle nécessaire. Un écart entre données déclaratives et données réelles ne signifie pas automatiquement un dysfonctionnement. Il peut traduire des pratiques légitimes (arrivée décalée d'un groupe, sortie anticipée, usage partagé d'un créneau). L'analyse doit intégrer le contexte terrain.
Capacités d'analyse à développer. La production de données fiables ne suffit pas en elle-même ; elle doit s'accompagner de capacités d'analyse adaptées pour être pleinement exploitée. Les collectivités ont besoin d'outils de visualisation et de tableaux de bord qui croisent automatiquement les sources et mettent en évidence les écarts significatifs.
Ce point constitue un enseignement important de l'expérimentation. Mesurer la fréquentation est un prérequis, mais l'enjeu central est de transformer ces données en leviers de pilotage opérationnel.
Sur le plan technique, les résultats obtenus sont apparus solides, avec un taux de fiabilité supérieur à 95 % sur la majorité des sites.
Les dix gymnases représentaient des configurations variées : entrées uniques ou multiples, flux canalisés ou libres, équipements de grande capacité ou petites salles spécialisées, présence d'agents ou accès libre automatisé. Les configurations les plus complexes, notamment celles impliquant des entrées multiples ou des flux peu canalisés, ont permis d'identifier des limites opérationnelles et d'affiner les conditions de déploiement.
L'environnement intérieur pose des défis spécifiques par rapport aux installations extérieures : variations de température moindres (moins de contraste thermique), éclairage artificiel, surfaces réfléchissantes (miroirs, vitres), proximité des murs.
Les capteurs thermiques stéréoscopiques Kiomda ont démontré leur capacité à fonctionner de manière fiable dans ces conditions, avec une précision comparable à celle observée sur les installations extérieures (voies vertes, espaces naturels).
L'expérimentation a confirmé la facilité de mise en œuvre du dispositif.
Les capteurs ont été fixés sur mâts, murs ou supports existants, sans nécessiter de raccordement électrique grâce à leur fonctionnement sur batterie. L'installation a été réalisée en 30 minutes par site, et certains agents ont pu intervenir directement sur la pose des capteurs après accompagnement initial.

L'acceptabilité sur le terrain s'est révélée globalement bonne. Les équipes ont rapidement perçu l'intérêt du dispositif, notamment au regard de :
Pour la Ville de Paris, cette démarche ouvre la voie à une meilleure compréhension des usages réels des équipements sportifs, en complément des outils existants. Elle met en évidence l'intérêt d'une approche fondée sur la mesure, en particulier pour analyser les créneaux peu encadrés et ajuster l'offre au plus près des pratiques, ainsi que pour identifier les équipements sous-utilisés ou saturés.
Pour Kiomda, cette expérimentation constitue une validation importante de la capacité de la technologie à fonctionner dans des environnements intérieurs, caractérisés par des flux irréguliers et des configurations variées.
Au-delà du champ sportif, cette expérimentation ouvre des perspectives d'application dans d'autres équipements publics recevant du public :
Dans tous ces cas, la capacité à mesurer de manière continue, anonyme et fiable constitue un levier de pilotage stratégique.
Plus largement, ce retour d'expérience met en évidence une évolution des pratiques de gestion des équipements publics. La question n'est plus seulement de planifier les usages, mais de les observer et de les comprendre à partir de données objectivées.
Dans un contexte de contraintes budgétaires accrues, d'attentes citoyennes fortes sur l'accessibilité des services publics et de nécessité d'optimiser l'allocation des ressources, la capacité à mesurer de manière fiable et continue les flux devient un levier structurant.
Les équipements publics ne sont plus seulement des infrastructures planifiées : ils deviennent des espaces pilotés par la donnée, où chaque décision d'ajustement peut s'appuyer sur une observation factuelle des usages réels.
Mesurez l’affluence d’un équipement (stade, gymnase, médiathèque, piscine) par tranches horaires afin d’anticiper les pics, dimensionner l’exploitation et justifier vos décisions.