La mesure de fréquentation est devenue un outil stratégique pour justifier les aménagements et les financements publics. Pourtant, au moment de choisir une technologie, une confusion persiste souvent entre les systèmes vidéo (caméras) et les capteurs thermiques. Cet article décrypte les différences fondamentales entre ces deux approches : impact RGPD, coûts cachés d'installation et fiabilité réelle sur le terrain, pour vous aider à arbitrer en toute objectivité.
Points clés
  • Technologie : Le thermique stéréoscopique compte les flux sans jamais produire d'image, contrairement à la vidéo.
  • RGPD : Le thermique est "Privacy by Design" (aucune donnée personnelle), alors que la caméra exige des démarches lourdes (AIPD, préfecture).
  • Coût réel : L'installation d'une caméra implique souvent du génie civil coûteux (tranchées, électricité). Le thermique autonome s'installe sans travaux.
  • Terrain : Le thermique fonctionne de jour comme de nuit, sans être gêné par les contre-jours ou l'absence d'éclairage public.
  • Mobilité : L'absence de câblage rend les capteurs thermiques mobiles et réversibles, idéal pour tester des aménagements.
  • La mesure de la fréquentation des espaces publics, des parcs naturels ou des sites événementiels est devenue un enjeu stratégique pour de nombreuses collectivités et gestionnaires de territoires. Connaître le nombre de passants, de visiteurs ou de cyclistes permet de justifier des investissements, d'évaluer l'impact d'un aménagement, d'optimiser la gestion des flux ou encore de construire un dossier de demande de subvention.

    Deux familles de technologies se retrouvent le plus souvent en compétition lors des appels d'offres ou des arbitrages budgétaires :

    • Les solutions basées sur la caméra (caméras classiques, caméras thermiques à image, systèmes de vision par intelligence artificielle).
    • Les capteurs de comptage thermiques non-imageants, dits stéréoscopiques ou pyroélectriques.

    La confusion entre ces deux approches est fréquente, en partie parce que le mot "thermique" recouvre des réalités très différentes : une caméra thermique produit une image infrarouge d'un individu, tandis qu'un capteur thermique stéréoscopique détecte une variation de chaleur dans un champ de vue sans jamais produire d'image. Cette distinction est fondamentale, autant sur le plan technique que juridique.

    Ce que mesure réellement chaque technologie

    La caméra : une analyse visuelle riche mais identifiante

    Les systèmes de comptage par caméra reposent sur l'analyse d'un flux vidéo ou d'images. Qu'il s'agisse de caméras classiques couplées à un algorithme de détection de silhouettes, de caméras thermiques produisant des images infrarouges, ou de solutions de vision par IA, le principe est identique : un flux visuel est capté, puis traité pour en extraire des données de comptage.

    Ces systèmes peuvent, selon leur niveau de sophistication, distinguer des catégories d'usagers (piétons, cyclistes, poussettes), analyser des comportements, mesurer des temps de séjour ou générer des cartes de chaleur. Ils offrent une densité d'information supérieure et peuvent répondre à des besoins d'analyse fine, notamment dans des contextes commerciaux ou sécuritaires.

    Le revers de la médaille : Cette richesse analytique a une contrepartie. La caméra capte, même involontairement, des éléments visuellement identifiants. Même sans reconnaissance faciale explicitement activée, une image vidéo d'une personne dans un espace public constitue une donnée à caractère personnel au sens du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD). Cela implique des obligations spécifiques : information des personnes, justification de la base légale, durées de conservation limitées, désignation d'un responsable de traitement, et souvent une Analyse d'Impact sur la Protection des Données (AIPD).

    Le capteur thermique : comptage anonyme par construction

    Un capteur de comptage thermique stéréoscopique fonctionne selon un principe radicalement différent. Il détecte les variations de rayonnement infrarouge émises par les corps humains dans son champ de détection, sans produire aucune image. La technologie stéréoscopique permet de distinguer les flux directionnels (entrée/sortie), de séparer plusieurs usagers proches, et dans les versions les plus avancées, de différencier des catégories d'usagers (piétons vs cyclistes) selon leur signature thermique et leur vitesse de déplacement.

    Le résultat : Un comptage robuste, directionnel et catégorisé, sans qu'aucune donnée visuelle ou biométrique ne soit jamais captée. La personne détectée n'est qu'un signal thermique anonyme. Cette architecture garantit une conformité RGPD native (Privacy by Design), sans qu'il soit nécessaire de mettre en place des mesures de pseudonymisation, des floutages algorithmiques ou des processus de suppression périodique d'images.

    Pour les collectivités territoriales, cette caractéristique est déterminante : l'installation d'un capteur thermique ne nécessite pas de délibération spécifique du conseil municipal sur le traitement de données personnelles, ni d'enregistrement auprès de la CNIL au titre d'un traitement de données sensibles.

    RGPD et acceptabilité sociale : un enjeu décisif pour les espaces publics

    La question réglementaire est probablement le facteur le plus sous-estimé dans les comparatifs de solutions de comptage. Depuis l'entrée en vigueur du RGPD en 2018, et plus encore depuis les orientations de la CNIL sur la vidéosurveillance intelligente publiées entre 2020 et 2023, les contraintes pesant sur les systèmes basés sur la caméra se sont considérablement renforcées.

    En France, l'installation d'un système de vidéoprotection dans un espace public est soumise à autorisation préfectorale. Même lorsque le système n'a pas de finalité sécuritaire mais uniquement analytique, la capture d'images de personnes identifiables déclenche les obligations du RGPD. La CNIL a en outre rappelé que l'anonymisation doit être irréversible pour sortir du champ d'application du règlement, ce qui exclut la plupart des systèmes de floutage a posteriori.

    Au-delà du cadre juridique, l'acceptabilité sociale de la vidéosurveillance dans les espaces publics est en question croissante. Dans les parcs naturels, sur les voies vertes ou dans les centres-villes, la présence de caméras génère régulièrement des réactions négatives de la part des usagers et des associations locales. Ce risque réputationnel est rarement intégré dans les calculs de coût total de possession d'une solution caméra.

    Les capteurs thermiques non-imageants échappent à cette problématique par construction. Ils ne sont soumis à aucune obligation spécifique au titre de la vidéoprotection, ne capturent aucune image et ne traitent aucune donnée personnelle. Leur installation dans un espace public ou naturel ne génère pas de contrainte réglementaire particulière au-delà des règles d'implantation physique ordinaires.

    Coûts réels et contraintes d'installation : ce que les comparatifs omettent

    Le coût apparent vs le coût total de possession

    Le prix d'achat d'un système caméra peut paraître comparable, voire inférieur, à celui d'un capteur thermique autonome. Mais cette comparaison ne tient pas sur la durée si l'on intègre l'ensemble des postes de coût.

    1. Système Caméra : Nécessite généralement un raccordement électrique (fouilles, tirage de câble, coffret de distribution, raccordement au réseau). En milieu urbain, ce poste peut représenter plusieurs milliers d'euros par point d'installation. En milieu naturel, où les réseaux électriques sont souvent absents, il devient rédhibitoire. S'y ajoutent les coûts de maintenance préventive et curative, de gestion des enregistrements vidéo, et le cas échéant, des mises en conformité réglementaires successives.
    2. Capteur Thermique Autonome : Sur batterie (avec option solaire), il supprime ces postes de coût. L'installation se réduit à une fixation mécanique sur un mât ou un poteau existant, sans fouilles ni raccordements. La maintenance se limite à un remplacement périodique de batterie et à des vérifications de calibrage.

    Sur cinq ans, l'écart de coût total de possession entre les deux approches peut être significatif, en particulier pour les réseaux de points de mesure multiples.

    Les contraintes d'installation en milieu naturel ou événementiel

    Les espaces naturels, les voies vertes, les sites événementiels temporaires ou les stations de montagne partagent une contrainte commune : l'absence ou la fragilité de l'alimentation électrique. Dans ces contextes, une solution caméra permanente implique des travaux de génie civil importants ou le recours à des générateurs, ce qui en augmente considérablement le coût et l'empreinte environnementale.

    La réversibilité est un autre critère souvent négligé. Un capteur thermique autonome peut être déplacé, réinstallé sur un autre site, prêté ou réemployé pour un événement. Une installation caméra câblée est généralement définitive, ce qui limite la capacité à adapter le dispositif de mesure aux évolutions des usages ou des priorités d'observation.

    Enfin, pour les réseaux de mesure comprenant de nombreux points (axes cyclables régionaux, sentiers de randonnée, périmètre touristique), la scalabilité d'une solution autonome sans travaux est un avantage déterminant. Elle permet de déployer rapidement plusieurs dizaines de capteurs sans coordination avec les services de voirie ou les concessionnaires de réseaux.

    Précision et fiabilité : les vraies différences de terrain

    La précision est souvent l'argument commercial avancé en faveur des solutions caméra. Il est exact que les systèmes de vision par IA les plus avancés atteignent des taux de détection très élevés en conditions contrôlées. Mais la précision en conditions réelles, sur le terrain, est une autre affaire.

    • Sensibilité lumineuse : Les systèmes caméra sont sensibles aux conditions d'éclairage (contre-jour, changement brutal de luminosité entre l'intérieur et l'extérieur d'une entrée, éclairage nocturne insuffisant).
    • Parasites thermiques : Les caméras thermiques imageantes sont moins sensibles à la lumière mais restent affectées par des sources de chaleur parasites (véhicules, surfaces chauffées par le soleil) et par des conditions météorologiques extrêmes.
    • Fiabilité du thermique stéréoscopique : Les capteurs de nouvelle génération atteignent des taux de fiabilité de 95 à 98 % en conditions normales d'utilisation, ce qui est largement suffisant pour les usages territoriaux (pilotage d'aménagements, évaluation de politiques publiques, rapports de fréquentation). La marge d'erreur résiduelle est homogène dans le temps, ce qui garantit la comparabilité des données entre périodes.

    Dans quel cas choisir le capteur thermique ?

    Le capteur thermique stéréoscopique autonome est la solution privilégiée dans les situations suivantes :

    • Absence d'énergie : Lorsque le site ne dispose pas d'alimentation électrique ou que le raccordement serait disproportionné (sentiers de randonnée, pistes cyclables interurbaines).
    • Priorité RGPD : Lorsque la conformité est une priorité absolue et que la présence de caméras serait mal acceptée par les usagers (espaces naturels, parcs urbains).
    • Flexibilité : Lorsque la solution doit être déployée rapidement, de manière réversible, et potentiellement redéployée sur d'autres sites.
    • Budget maîtrisé : Lorsque le projet implique un réseau de plusieurs points de mesure et que le coût global (installation + maintenance) doit être optimisé.
    • Financeurs publics : Lorsque les données doivent être comparables dans le temps pour des rapports destinés à des financeurs (programmes AVELO, fonds européens).

    Critère Solution Caméra Capteur Thermique
    Conformité RGPD Contraignante - données personnelles Native - aucune donnée personnelle
    Installation Raccordement électrique requis Autonome - batterie / solaire
    Travaux Souvent nécessaires (fouilles, câble) Aucun - fixation mécanique simple
    Acceptabilité Variable - risque réputationnel Neutre - invisible pour les usagers
    Précision Très élevée (conditions contrôlées) 95-98 % en conditions réelles
    Comparabilité Dépendante des mises à jour algo Stable et homogène
    Mobilité Limitée (installation fixe) Totale - transportable / modulable
    Coût (5 ans) Élevé (installation + maintenance) Maîtrisé (pas de génie civil)
    Usage idéal Sécurité, analyse comportementale Comptage et évaluation publique

    Conclusion : deux logiques, deux cas d'usage

    Le débat "caméra vs capteur thermique" n'a pas de réponse universelle : il dépend du contexte d'usage.

    Pour les collectivités territoriales, les gestionnaires d'espaces naturels et les organisateurs d'événements qui cherchent à mesurer des flux de manière fiable, anonyme et déployable rapidement, le capteur thermique stéréoscopique autonome offre un rapport valeur-contrainte nettement supérieur. Il produit des données exploitables sans les risques juridiques ni les coûts de génie civil.

    La caméra, de son côté, trouve sa pertinence dans des contextes où l'analyse comportementale fine est nécessaire, où la sécurité est une priorité, ou le site dispose d'une infrastructure électrique adaptée.

    Si vous souhaitez évaluer quelle solution est adaptée à votre territoire ou votre projet, Kiomda accompagne les collectivités et gestionnaires d'espaces dans le diagnostic de leurs besoins de mesure de fréquentation.

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