

Depuis septembre 2024, le Département des Côtes d'Armor suit la fréquentation de ses espaces naturels sensibles avec 14 compteurs Kiomda, mobiles et fixes. Objectif : dimensionner chaque site — parking, signalétique, accueil — sur des chiffres réels plutôt que sur une estimation, et suivre l'évolution dans le temps.
Un espace naturel sensible ne s'aménage pas au jugé. Trop de places de parking, et l'on artificialise le site qu'on voulait préserver ; trop peu, et il déborde les jours d'affluence. Entre les deux, il manque souvent la seule chose qui tranche : un chiffre. Sans compteur, il reste l'estimation — sérieuse, appliquée, mais une estimation.
Depuis septembre 2024, le Département des Côtes d'Armor a fait de ce chiffre un outil de travail. Quatorze compteurs Kiomda équipent ses espaces naturels sensibles, du lac de Guerlédan à l'arboretum du Beffou, d'Erquy à la Roche-Jagu. Certains se dissimulent dans des poteaux de bois évidés ou derrière un cache en forme de nichoir : dans ces paysages, un compteur qu'on remarque est déjà un compteur de trop.
« On a acheté les boîtiers pour compter dans les espaces naturels sensibles, afin de pouvoir les aménager correctement, en fonction de leur fréquentation : l'aménagement du site, l'accueil du public, le parking, la signalétique. C'est clairement un outil d'aide à la décision. »
— Florence Parent, Département des Côtes d'Armor
Tous les sites ne posent pourtant pas la même question. Certains sont très fréquentés, ou demandent un suivi année après année ; d'autres sont plus discrets, moins tendus. À chacun sa réponse — et le dispositif s'y plie.
« Sur les sites très fréquentés, on met des compteurs fixes ; sur les plus petits, des mobiles. On les laisse trois ans maximum, puis on les déplace vers d'autres sites pour avoir une idée de leur fréquentation. »
Les fixes travaillent en double pratique piéton et vélo, remontés automatiquement par réseau LTE-M ; les mobiles tournent, d'un site à l'autre, au rythme des questions à instruire. Tenir un historique d'un côté, saisir une tendance de l'autre — la même donnée, deux usages. Ce choix engage autant le budget que la finesse du suivi.
Une fois collectée, la donnée ne dort pas dans un tableur. Deux fois par an, elle part en rapport vers les élus et les observatoires touristiques, départemental et régional, qui l'intègrent à leurs bilans de fréquentation. Au cas par cas, elle descend aussi vers les techniciens, les gestionnaires de site, parfois une association locale. Un même comptage, plusieurs lectures : c'est souvent là qu'une mesure prend sa valeur.
Le Département ne découvre pourtant pas le comptage. Ses premiers dispositifs, signés Eco-Compteur — pionnier du secteur dès les années 90 —, se relevaient encore à la main. Avec le temps, une contrainte bien concrète a fait bouger les lignes.
« Historiquement, on était équipés de dalles à relevé manuel. On a moins de personnel, donc on voulait des relevés automatiques. »
La question n'était donc pas de commencer à mesurer, mais de choisir avec qui continuer. Kiomda n'est pas arrivé par un appel d'offres ni par une plaquette : le nom circulait déjà, d'une collectivité à l'autre. Sur ce marché, la référence se transmet encore beaucoup de voisin à voisin.
« On avait connaissance de Kiomda, on vous avait contactés. On avait des contacts avec des collectivités qui avaient posé du Kiomda — un peu par bouche-à-oreille. Il y a le coût, un peu moins élevé, et c'est ce qu'on regarde en premier : c'est le portefeuille du contribuable. »
À cela s'ajoutait un souhait précis : moins de compteurs, mais qu'on puisse faire tourner. Déplacer un boîtier plutôt que d'en immobiliser un partout. À technicité qu'elle juge « sensiblement équivalente », c'est ce faisceau de raisons — le coût, la souplesse, la fabrication française, la proximité — qui a fait pencher la balance. Le château du Guildo a d'ailleurs été équipé avant même le marché.
Rien n'est parfait pour autant, et le Département ne le masque pas. En pleine nature, le réseau se fait parfois rare : quelques journées manquent là où le signal ne remonte pas — la remontée automatique déplace la contrainte plus qu'elle ne l'efface. Le reste tient à un principe que Florence Parent formule sans détour.
« La transparence et la franchise sont des éléments importants. Être proche de son client, c'est important. »
Note attribuée : 8 sur 10, « et je suis peut-être trop exigeante ».
Le dispositif n'a pas fini de grandir. D'ici 2028, les compteurs gagneront les voies cyclables du département ; le passage à la 5G en fera renouveler d'autres. « Il y a des compteurs qui vont s'arrêter, et on va vous en acheter », anticipe Florence Parent. Le vrai signe est peut-être là : une fois qu'on a commencé à mesurer, on ne revient plus tout à fait à l'estimation.