
Lorsqu'il s'agit de mesurer la fréquentation d'une piste cyclable ou d'un chemin pédestre, le choix du type de capteur est souvent abordé sous l'angle de la technologie. Il devrait d'abord être abordé sous l'angle de la logique d'installation et de la vision long terme sur les données.
Les capteurs enterrés regroupent principalement les boucles inductives (détectant le passage de masses métalliques, donc essentiellement des vélos), les tubes pneumatiques (détectant les chocs de roues ou de pieds) et les capteurs piézoélectriques encastrés dans le revêtement. Ces systèmes ont en commun d'être intégrés dans ou sous la chaussée ou le revêtement, ce qui implique une intervention sur le sol.
Les capteurs aériens — infrarouges passifs, pyroélectriques, radars ou thermiques stéréoscopiques — sont fixés en hauteur au-dessus de la voie, généralement sur un poteau, un mât d'éclairage existant, une structure mobilière ou un support dédié. Leur installation ne nécessite pas de travaux sur la chaussée.
Cette distinction fondamentale entre intervention souterraine et montage en surface conditionne la quasi-totalité des différences pratiques entre les deux approches.
La boucle inductive est la technologie de comptage la plus anciennement déployée sur les pistes cyclables. Elle repose sur la détection du champ magnétique perturbé par le passage d'une masse métallique, ce qui la rend naturellement adaptée aux vélos classiques à cadre métallique. Elle est peu coûteuse à l'achat et offre une bonne robustesse une fois installée correctement.
Ses limites sont bien documentées. Elle ne détecte pas les vélos à cadre carbone ou très peu métallique, ni les trottinettes. Elle ne distingue pas les vélos des motos légères sur les voies partagées. Elle est surtout incapable de compter les piétons, ce qui la rend inadaptée aux voies vertes ou chemins à usage mixte.
L'installation d'une boucle inductive nécessite de découper le revêtement, d'encastrer la boucle, de sceller la saignée et de tirer un câble jusqu'à un boîtier de comptage. Ce travail implique un arrêt temporaire de la voie et, souvent, l'intervention d'une entreprise spécialisée. En milieu naturel, sur un chemin en stabilisé ou en terre, la boucle inductive est inutilisable.
Les tubes pneumatiques sont placés en travers de la voie et détectent les chocs des roues (ou des pieds) qui les écrasent. Ils peuvent être posés de manière semi-permanente ou temporaire. Certains modèles permettent une distinction selon l'intervalle de temps entre deux chocs, distinguant ainsi les deux roues d'un vélo des frappes de pas successives.
Leur principal inconvénient est leur fragilité. Exposés aux intempéries, aux UV et au trafic répétitif, les tubes se dégradent en quelques mois à quelques années. Ils sont particulièrement vulnérables au gel et aux dégradations accidentelles. Ils sont surtout adaptés aux campagnes de mesure temporaires de courte durée plutôt qu'aux installations permanentes.
Les capteurs piézoélectriques, encastrés dans le revêtement, offrent une très bonne précision de détection. Leur installation est la plus invasive de toutes les solutions enterrées : elle nécessite un fraisage précis du revêtement, un encastrement soigné et une reprise de surface. En cas de défaillance, la maintenance implique de nouveaux travaux sur la chaussée.
Les capteurs aériens sont fixés en hauteur, au-dessus de la voie, sans aucun contact avec la chaussée. L'installation se limite à fixer le capteur sur un support existant ou à planter un mât simple, sans fouille, sans découpe, sans reprise de surface. Sur une piste cyclable en milieu naturel, sur un sentier en stabilisé ou sur une voie verte traversant une forêt, cette caractéristique est déterminante.
La plupart des capteurs aériens modernes sont autonomes sur batterie, avec option solaire. Ils n'ont pas besoin d'être raccordés au réseau électrique, ce qui supprime un poste de coût important et permet de les installer dans des zones éloignées de toute infrastructure.
Sur les voies vertes et les pistes à usage mixte, la distinction entre piétons et cyclistes est souvent une exigence des collectivités et des financeurs. Les données séparées permettent de dimensionner les aménagements, d'évaluer les conflits d'usage et de justifier des interventions différenciées.
Les capteurs thermiques stéréoscopiques sont les mieux placés pour répondre à cette exigence. Leur algorithme de classification analyse la taille, la forme et la vitesse du signal détecté pour distinguer un piéton d'un cycliste — et parfois d'autres catégories (groupes, vélos cargo, trottinettes). Cette distinction est native, sans traitement d'image, et donc pleinement compatible avec le cadre RGPD.
Les capteurs aériens thermiques sont peu sensibles à la luminosité, fonctionnant aussi bien de nuit que de jour. Ils résistent bien aux conditions hivernales, avec des plages de température généralement comprises entre -20 et +60 degrés Celsius pour les modèles professionnels. Les certifications IP65 ou IP67 garantissent l'étanchéité aux projections d'eau.
Les capteurs enterrés, pour leur part, sont particulièrement vulnérables aux cycles de gel et de dégel. Quand le sol se soulève ou se contracte, les boucles et câbles enterrés peuvent se déplacer, se rompre ou générer des faux contacts. En zones de montagne ou à hiver rigoureux, ce facteur de risque est à prendre très au sérieux.
La comparaison coût entre capteurs enterrés et aériens ne peut pas se limiter au prix d'achat du matériel. Le coût total de possession sur 5 ans intègre l'installation, la maintenance, le risque de panne et la flexibilité d'usage.
Pour un capteur enterré de type boucle inductive, le poste installation (découpe, encastrement, câblage, reprise de surface) peut représenter de 800 à plusieurs milliers d'euros selon le type de revêtement et les conditions de chantier. En cas de panne ou de détérioration, la maintenance implique de nouveaux travaux. Si le point de mesure doit être déplacé, l'ensemble de l'opération recommence depuis zéro.
Pour un capteur aérien autonome, l'installation se chiffre en heures de travail qualifié, sans engin ni découpe. La maintenance se limite à un remplacement de batterie périodique, réalisable sans compétence technique spécifique. Si le capteur doit être repositionné ou redéployé, il suffit de le démonter et de le réinstaller.
À retenir : Sur un réseau de 10 points de mesure, l'écart de coût d'installation seul peut dépasser plusieurs dizaines de milliers d'euros en faveur des capteurs aériens. En intégrant la maintenance, la flexibilité et la durée de vie sur 5 ans, l'arbitrage en faveur des solutions autonomes est encore plus net.
Pour la grande majorité des projets de comptage de fréquentation sur les pistes cyclables, voies vertes, sentiers et espaces naturels, le capteur aérien autonome s'impose comme la solution la plus adaptée. Il combine une installation sans travaux, une autonomie énergétique, une conformité réglementaire native et une capacité de distinction multi-flux que les capteurs enterrés ne peuvent pas offrir dans les mêmes conditions.
Les capteurs enterrés conservent une pertinence dans des contextes très spécifiques : axes cyclistes urbains denses à revêtement dur, flux monovoie sans piétons, sites où la question de la redéployabilité ne se pose pas. En dehors de ces conditions, leur coût total de possession et leurs contraintes d'installation et de maintenance les rendent difficiles à justifier face à des solutions aériennes modernes.
Pour les collectivités et gestionnaires qui souhaitent construire un réseau de mesure de fréquentation évolutif, cohérent et exploitable sur le long terme, la scalabilité et la flexibilité du capteur aérien constituent des arguments stratégiques aussi importants que la précision technique.

